Seule certitude : « Il n'existe pas de solution miracle », affirme Guy Laurent, spécialiste de l'énergie à l'Ademe Bretagne.
Les leçons du passé
En l'espèce, le mieux est encore de se référer au savoir-faire de nos ancêtres.Ainsi, la traditionnelle longère bretonne : « 98 % d'entre elles sont exposées nord-sud, avec de petites ouvertures au nord pour protéger du vent et du froid, mais suffisantes pour ventiler et éviter la surchauffe, l'été ».
Ce principe bioclimatique retrouve toute sa pertinence aujourd'hui : « Ensoleillement, exposition, protection au vent, on retrouve ces principes après avoir perdu le Nord, et les points cardinaux, ces dernières années », souligne Guy Laurent.
Gare à l'air
Pendant années, l'énergie bon marché a rendu moins exigeant sur l'isolation et l'étanchéité des maisons. Pour le bâti existant (et, a fortiori, le neuf), il y a beaucoup à gagner, en luttant contre les ponts thermiques (passages de gaines, fixations aux murs) qui sont autant d'accrocs dans le manteau qui protège la maison du froid.« Il faut aussi être très exigeant sur les raccords entre murs et fenêtres », insiste Guy Laurent. « Une fenêtre non jointive, ce sont 200 à 400 m³ d'air froid qui entrent, générant inconfort et dépense d'énergie supplémentaire. Un degré de différence, ça se sent ». En revanche, utiliser l'air chaud sortant de la maison, via un ventilation mécanique contrôlée, pour réchauffer celui qui entre, à 15-16°, est plus que pertinent.
Le mieux ennemi du bien
« Après, s'intéresser au chauffage », précise le représentant de l'Ademe. Une sacrée prise de tête : avec un kilowatt/heure à 11 centimes, le fioul et le gaz qui ont augmenté de 35 % en deux ans, faut-il, obligatoirement, se séparer de sa chaudière de 20 ans ou de ses radiateurs électriques et passer au solaire ou à la pompe à chaleur ? « C'est vrai que les énergies renouvelables (bois, solaire) sont plus économiques à l'utilisation et plus respectueuses de l'environnement. Mais tout est affaire de compromis. Le prix du bois commence à monter et une pompe à chaleur est coûteuse et n'est intéressante que si elle est parfaitement calibrée et installée. De même, il n'est pas indispensable de mettre 35 cm d'isolant dans les murs et 50 sous le toit. Le mieux est l'ennemi du bien », répond Guy Laurent.La bonne question
De fait, faut-il investir lourdement pour gagner les ultimes 2 à 3 % d'efficacité ? « Si une maison, bien conçue, ne consomme que 2.000 kW/h par an, des radiants, un poêle à bois ou une petite chaudière au fioul peuvent suffire pour respecter les normes de 2010 (50 kw/h/m² par an).L'idéal, aujourd'hui, est de disposer d'un système de chauffage à circulation d'eau chaude basse température qui permet d'utiliser différentes sources d'énergie. Mais l'essentiel est de se poser les bonnes questions. Ne vaut-il pas mieux utiliser les 4.000 € à investir dans des panneaux solaires pour l'eau chaude - que 10 % des besoins énergétiques - pour un complément d'isolation, des doubles vitrages et une VMC double flux ? » Bref, pour ne pas attraper de coup de chaud, ne pas hésiter à recourir au service des douze conseillers du réseau public Édéa en Bretagne ou aux éco-thermiciens privés.
La traque au zéro chauffage
Le meilleur chauffage, c'est celui dont on n'a pas besoin : partant de ce principe, Éric Prigent a décidé de construire des maisons hyperisolées et donc peu énergivores.« Le chauffage, c'est secondaire. Quand un client vient me voir, je lui parle d'abord isolation. Au minimum 20 cm dans les murs, 30 cm sous la toiture, et 15 cm au sol, c'est la base », explique le patron de l'Acacia, à Landéda (29).
Exposition et isolation
Les maîtres mots de ce charpentier, spécialiste des maisons en bois bioclimatiques et passives : simplicité et bon sens. « La règle d'or, c'est de partir d'une maison compacte, bien exposée pour profiter de l'énergie du soleil, bien calibrée au niveau des ouvertures et bannir toute usine à gaz, qui exige de la technologie, consomme de l'énergie et n'est pas éternelle ».Son credo : une isolation maximale à l'intérieur et à l'extérieur. En pratique, de la ouate de cellulose projetée, par exemple, dans les murs et de la pâte de bois de 44 mm, sur l'enveloppe extérieure. « La mise en oeuvre exige un soin extrême car le but est d'assurer une étanchéité totale ; l'air humide dans notre région est redoutable ». Autre point à soigner : les menuiseries, « obligatoirement en bois et en triple vitrage au nord et à l'ouest ». Mais pour que ce « ciré » protège efficacement la maison, encore faut-il bannir les volets roulants et coulissants.
Un surcoût de 90 à 100 € par m² habitable
Partant de là, un simple poêle à bois doit suffire à chauffer toute une maison. Ce qui compense le surcoût lié à l'isolation, notamment de l'enveloppe extérieure (+ 90 à 100 €/m² habitable). Le coût, aussi, des isolants écologiques, « mais qui ont l'avantage d'être respirants. Car tout le problème est de faire en sorte que l'habitation soit à la fois étanche et respirante ! » Matériaux onéreux encore car, regrette Éric Prigent, ils ne sont pas fabriqués en France, mis à part le chanvre. « Il faut donc payer le transport d'Allemagne ou d'Europe de l'Est. Ce qui n'est pas idéal du point de vue e développement durable ».À ce propos, le Finistérien estime qu'il faut se méfier des idées reçues et prendre en compte l'ensemble du problème : « Dans une maison très bien isolée, quelques bons radiateurs électriques peuvent suffire, en appoint. C'est aussi écologique qu'une pompe à chaleur ».
Bon à savoir
Un degré en plus, 7 % de consommation en plus !
Chaque degré en trop, c'est environ 7 % de consommation supplémentaire. 1° en moins, c'est 7 % d'économie. Entretenir son installation de chauffage, c'est 10 % d'économie. De même avec un thermostat d'ambiance. Les bonnes températures pour le bon confort : périodes de sommeil (22 h à 6 h), 16°; lever (6 h à 8 h 30), 19°; temps de travail et d'école, (8 h 30 à 16 h), 16°; soirée (16 h à 22 h), 19°; absence prolongée (plus d'une journée), 12/14°. Info énergie : 0.820.820.466.Bien choisir les matériaux
Un pont thermique est une zone de liaison entre un mur ou un plancher intérieur et une façade extérieure par laquelle se dissipe la chaleur du chauffage. Les mono-murs en béton cellulaire ou terre cuite offrent une résistance thermique presque dix fois supérieure au parpaing ainsi qu'une forte inertie. Inertie qui amortit les surchauffes des journées d'été et favorise l'étalement de la fraîcheur la nuit. En hiver, les parois ensoleillées restituent la chaleur emmagasinée la journée. Une maison à ossature bois est respirante, a un bon pouvoir isolant et est durable, ce qui garantit un grand confort. Mais elle offre une faible inertie, qui doit donc être recherchée ailleurs (sols, murs trombe...)Le Télégramme (Photo Claude Prigent)

