La vraie rupture, ce sera 2012. Les nouveaux logements devront passer d'une consommation moyenne annuelle de 110 kilowatts/heure au m² à 50 kWh. « Il y aura des modifications techniques importantes », souligne Yvon Basset, délégué adjoint pour la Bretagne de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Tous les paramètres de la maison seront passés au peigne fin, à commencer par l'orientation de son implantation. De nouveaux matériaux et équipements vont apparaître ou se développer. La tendance est à l'isolation thermique extérieure des bâtiments, au double ou triple vitrage renforcé pour les fenêtres et les baies, aux chaudières à basse température ou à condensation, à l'énergie solaire, à la pompe à chaleur...
Les organisations professionnelles du bâtiment adhèrent à plusieurs titres à ce défi ambitieux, né du Grenelle de l'Environnement. Le marché pèse plusieurs centaines de milliards d'euros. Et le profil « écologiquement correct » de la profession peut attirer davantage les jeunes vers des métiers qui manquent de bras.
Pour les particuliers, la maison à basse consommation coûtera autour de 15 % plus cher que la construction classique. Difficile à amortir, même si les économies d'énergie sont substantielles. Le calendrier paraît peu réaliste pour les professionnels. « Les délais sont trop courts. 2012, c'est déjà demain », disent d'une même voix les différentes instances de la profession. « Des formations ont démarré en Bretagne pour tous les corps de métier depuis quatre semaines », indique Jean-Yves Toupin, le président régional de la Fédération française du bâtiment. « Il faut aller vite. » L'Union nationale des constructeurs de maisons individuelles (UNCMI) avait proposé 2015 au lieu de 2012 pour la généralisation de la basse consommation. « Les industriels pourront-ils nous fournir les nouveaux matériaux en quantité suffisante et à des prix abordables », interroge Dominique Duperret, le délégué général de l'UNCMI. Selon Jean-François Gabilla, le président de la fédération des promoteurs-constructeurs (FPC), « le défi technique sera plus difficile encore pour le logement collectif. »
« Les ménages les plus modestes ne pourront financer leur projet sans un accompagnement financier conséquent », note Jean-Claude Jouan, le secrétaire général de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) des Côtes-d'Armor. La profession demande par exemple des prêts à taux zéro et une TVA à 5,5 % pour tous les travaux liés aux économies d'énergie. Des crédits d'impôt existent déjà pour inciter les candidats à la construction, mais aussi les propriétaires de logements plus anciens, à anticiper la mise aux nouvelles normes énergétiques. Car dans quelques années, la décote au moment de la revente sera sévère.
Pour en savoir plus
A voir : Salon Vivre autrement, du 13 au 26 mars au parc floral à Paris. 400 exposants. www.salon-vivreautrement.com A lire : « Les clés de la maison écologique », numéro spécial Que choisir (mars 2008). 6,85€ www.quechoisir.org
Pour Alain Cassaigne, gérant de l'entreprise CLG Construction à Saint-Brieuc, les aides à la construction de « maisons économes » devraient être ciblées sur les familles modestes.
Il faut d'abord savoir que le surcoût lié aux nouveaux matériaux et équipements sera de l'ordre de 15 %. Les économies d'énergie seront significatives, mais l'amortissement des dépenses pour les panneaux solaires, les pompes à chaleur et autres équipements nouveaux restera long. Prenons l'exemple d'une maison de 110 m² habitée par une famille de quatre à cinq personnes qui achète une pompe à chaleur pour un montant de 15.000 euros (tout installé, plancher chauffant inclus). Par rapport à un chauffage électrique classique, sa facture énergétique annuelle passera de 1.427 à 1.131 euros. Il gagnera 300 euros par an, mais il faudra, crédit d'impôt inclus, plus de 20 ans pour amortir l'investissement. Entre-temps, il faudra changer la pompe à chaleur. Les ménages modestes ne pourront pas supporter une hausse de 15 % de la construction. Leur budget est déjà serré.
Ce marché est intéressant, valorisant. Techniquement, nous savons déjà faire. Il faudra que le secteur du bâtiment trouve suffisamment de personnel qualifié pour y faire face, c'est l'un des grands défis. Par ailleurs, je pense que les aides publiques doivent être ciblées sur les familles à revenus modestes, sinon elles ne se lanceront pas dans la construction. La plus-value de 15 % du prix d'une maison basse consommation de 100 m², ça représente la surface d'une belle chambre d'enfant.
Les candidats à la construction ont tout intérêt à anticiper les nouvelles normes énergétiques. Des crédits d'impôt (1) sont prévus à cet effet, pour la résidence principale, jusqu'au 31 décembre 2009.
Pour les équipements de production d'énergies renouvelables et les pompes à chaleur, dont la finalité essentielle est la production de chaleur, le taux de crédit d'impôt est de 50 % : - équipements de chauffage ou de production d'eau chaude fonctionnant au bois ou autres biomasses, dont le rendement énergétique doit être supérieur ou égal à 70 % : poêles, foyers fermés, inserts de cheminées intérieures, cuisinières utilisées comme mode de chauffage. - chaudières (autres que les chaudières à condensation ou à basse température), essentiellement au bois, dont la puissance thermique est inférieure à 300 kW et le rendement supérieur ou égal à 70 %. - systèmes de fourniture d'électricité à partir de l'énergie solaire (énergie photovoltaïque) et de l'énergie éolienne, hydraulique ou de biomasse. - équipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie hydraulique. - pompes à chaleur géothermique et pompes à chaleur air/eau. Pour les équipements de raccordement aux réseaux de chaleur alimentés majoritairement par des énergies renouvelables (notamment chaudière à bois), ou par une installation de chauffage performante utilisant la technique de cogénération (production de chaleur et d'électricité à partir de gaz naturel), le taux de crédit d'impôt est de 25 %.
Des crédits d'impôts existent également pour les logements existants (achevés depuis plus de deux ans). Ils concernent, de plus, les chaudières à basse température, les chaudières à condensation, les matériaux d'isolation thermique et les appareils de régulation de chauffage et de programmation des équipements de chauffage.
Le montant des dépenses ouvrant droit au crédit d'impôt ne peut excéder 8.000 euros pour une personne seule, 16.000 euros pour un couple marié, il est majoré de 400 euros par personne à charge.
Renseignements
Ademe : 0.820.820.466 www.industrie.gouv.fr/energie
Plusieurs étapes sont prévues par le Grenelle de l'Environnement pour les logements privés neufs :
2010
La consommation énergétique des maisons neuves ne devra plus dépasser les 80 kWh/m²/an (contre 110 en moyenne actuellement), ce qu'on appelle la très haute performance énergétique. Parallèlement, un objectif plus ambitieux est visé pour un tiers des constructions : elles devront soit relever de la basse consommation (moins de 50 kWh/m²/an), soit de l'énergie passive (moins de 15 kWh/m²/an), soit moins de l'énergie positive 0 kWh/m²/an (c'est-à-dire que la maison produit plus d'énergie qu'elle n'en consomme).
2012
Généralisation de la basse consommation.
2020
Généralisation de l'énergie passive ou positive. Un comité opérationnel devrait finaliser (et peut-être modifier) le calendrier courant mars.